Médecin de profession, musicienne par conviction. Rencontre avec Béatrice Deslarzes, « la Mamie de l’Electro »
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Une vie captivante due à l’originalité notoire de cette femme médecin, musicienne, mais rebelle avant tout… Béatrice Deslarzes est devenue une personnalité incontournable : médecin hospitalier, spécialiste en ORL et en allergologie, consultante à la prison de Champ-Dollon ; membre fondateur d’Exit Suisse Romande ; chanteuse de jazz avant de devenir « la Mamie de l’Electro ».
Actu PME A la lecture de votre livre « Rebelle malgré moi », on ne peut s’empêcher de penser : « Cette femme n’a peur de rien, tout lui réussi ! ». Avez-vous une recette, celle de la réussite - que tant de personnes souhaiteraient suivre?
Béatrice Deslarzes Il faut avoir de la ténacité, c’est à dire savoir exactement ce que l’on veut, quel est le but à atteindre et suivre cette direction sans se laisser gagner par le doute.
Actu PME Vous dites qu’en devenant consultante ORL à la Prison de Champ-Dollon, vous avez voulu vous lancer un nouveau défi. Pouvez-vous nous expliquez cela ?
Béatrice Deslarzes Je ne crois pas qu’en devenant consultante à la Prison de Champ-Dollon j’aie voulu me lancer un nouveau défit, c’était plutôt par plaisir que j’ai accepté cette charge car j’aime les marginaux et en particulier les prisonniers.
Actu PME A 65 ans, contrainte d’arrêter votre exercice à Champ-Dollon, vous avez l’âme en peine. Vous confiez ultérieurement à l’occasion d’un projet artistique : « retrouver le monde carcéral : mon rêve ! » Comment expliquez-vous votre attachement à ce milieu hostile, alors que bien d’autres médecins l’auraient fui ?
Béatrice Deslarzes Comme je vous l’ai dit plus haut, j’ai une sorte d’amour pour ceux que l’on appelle les malfras. Selon moi, ce ne sont pas les plus mauvais qui sont en prison, mais bien certains cols blancs ou hommes d’affaire qui mériteraient d’être derrière les barreaux à leur place. Pour qui a envie d’ouvrir les yeux, il y a quelque chose de très touchant chez ces exclus.
Actu PME Médecin de formation, musicienne par passion, la musique vous a permis d’exprimer votre désaccord avec l’ordre établi, elle a été un moteur essentiel dans votre vie, le jazz d’abord, puis la musique électronique. 2 CD, une centaine de concerts, des émissions de radio, des vidéos clips, des passages sur la scène du Montreux Jazz Festival Off, des improvisations marquantes, des stages de chants divers, bref : LE SUCCES et hop tout s’arrête ! Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a remplacé votre besoin d’alors de créations musicales et de monter sur scène ?
Béatrice Deslarzes J’ai arrêté de présenter mon spectacle : « La Mamie de l’Electro » en 2007 car le stress sur scène commençait à remplacer le plaisir ; mais je n’ai pas cessé de faire de la musique. Avec mon prof. d’électro-acoustique, Nicolas Sordet, qui est un pur intellectuel de la musique électronique, je compose toujours des morceaux de musique électronique parfois avec des images que je mets ensuite sur Youtube.
D’autre part, mon orientation politique chez les Verts depuis 2007 a pris une place importante dans ma vie. Un chemin de traverse s’offre à moi, puisque je me présente comme candidate verte à Veyrier pour les élections municipales de mars 2011. Je fais partie de ce Conseil municipal depuis juin 2010 en tant que remplaçante d'un élu vert qui a démissionné.
Actu PME Alors que vous auriez pu œuvrer au sein d’une fondation à but humanitaire ou médical, vous avez choisi de créer la « Fondation Béa pour Jeunes Artistes », qui a déjà soutenu un grand nombre d’artistes de Suisse Romande. Quelle est la signification profonde pour vous de ce mécénat?
Béatrice Deslarzes Grâce à cette fondation, que nous avons créée ensemble avec mon mari, ce mécénat nous rapproche des jeunes et nous ouvre de nombreuses portes nous apportant des contacts très fructueux avec les milieux de la musique et de l’art visuel. Cela nous permet de participer à certaines créations et à être dans « le coup » au lieu de faire à notre âge ce que j’appelle « les croisières gériatriques » où nous ne serions entourés que de personnes âgées et consommatrices.
Cela nous permet surtout de continuer à avoir des projets et de rester créatifs. A côté de cette fondation je m’investis aussi dans ce que vous appelez l’humanitaire cependant pas en tant que médecin mais comme personne finançant certains projets, par exemple en Inde.
Actu PME Vous vous êtes engagée auprès de « Exit Suisse Romande », puis de « Ex International » pour permettre aux personnes condamnées par la maladie, de mourir dans la dignité. Cependant, ne pensez-vous pas qu’en tant que médecin confrontée à des cas dramatiques, votre vision de la vieillesse a évincé l’existence de personne âgées, néanmoins « bien portantes », dont la médecine n’a pas eu à se préoccuper ? Notre société de consommation n’accordant de valeur qu’aux personnes compétitives n’aurait-elle pas à apprendre des sociétés ancestrales qui donnent une place importante aux Anciens considérés comme des « sages » eu égard à leurs expériences de vie et philosophie acquises au gré des vicissitudes du temps ?
Béatrice Deslarzes Ce combat pour les Associations pour le Droit de Mourir dans la Dignité, je l’ai fait surtout parce que j’ai vu de nombreux cas d’acharnement thérapeutique dans les années 80 à l’Hôpital Cantonal de Genève où j’ai exercé ma profession de médecin ORL pendant plus de 25 ans. Dans ces années la médecine se glorifiait des énormes progrès qu’elle avait faits mais en abusant souvent des moyens pour maintenir la vie à tout prix.
Quant à ma vision de la vieillesse dont je parle dans mon livre, il est vrai qu’elle est assez pessimiste car je reste frappée par le problème grandissant posé à notre société qui est le vieillissement de la population; et je dois vous avouer que j’ai de la peine à accepter de vieillir même si je suis déjà une petite vieille et que je n’ai aucune envie de devenir « sage ».
Actu PME A plus de 70 ans, vous vous lancez dans la politique auprès des Verts. Une autre façon de défendre les causes qui vous ont mobilisée jusqu’ici en tant que médecin, musicienne, membre de l’Association « Exit Suisse Romande », de « Ex International » et en tant que présidente de la « Fondation Béa pour Jeunes Artistes » ?
Béatrice Deslarzes Tout au long de cet entretien je vous ai parlé de ténacité, de création, de projets…. Chaque expérience m’a permis de vivre des moments fantastiques et je suis persuadée que c’est une manière de rester en vie !
Rencontre avec Béatrice Deslarzes : présentation et dédicace de son livre « Rebelle malgré moi » - mardi 15 février. Lieu : Maison de quartier de Plainpalais, 1, rue de la Tour – 1205 Genève - 19h30 . Plus d'information: http://www.bea-music.com/ www.fondationbea.com
Christiane Seiss - En partenariat avec Art Club Genève
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