Bannière

A la découverte d’un roman posthume. Par Marie-Françoise Le Guern

PME Life & Style

« ODILE, LA FEE DE LUXIANA » est une chronique de la vie genevoise de 1917 à 1975, écrite par Hélène Biolley. Un roman posthume en quête d'éditeur où l’amour de l'auteure pour l’histoire et ses personnages nous restitue un patrimoine genevois savoureux et touchant.

J’ai assisté à plusieurs de ces lectures captivantes, qui plongent l’auditeur dans une Genève de l’époque, intime et pittoresque, dans un style vivant, sincère, coquin, drôle ou tragique au gré des événements. Je suis convaincue que cette chronique pourrait passionner un large public genevois.

Ainsi commence le récit:

« Elle marche un peu péniblement ; aidée d’une canne, elle remonte ce qui fut sa rue, la rue des Vieux Grenadiers. Elle a changé, terriblement changé, cette rue ; elle aussi. Elle s’arrête.

Tout d’abord, il manque l’odeur. Cette rue avait une odeur, une saveur spéciale, celle des étrangers et de leurs cuisines qui se mélangeaient et se mariaient agréablement ; puis les  cris, les babils, les petites gens.

Maintenant, sa rue est devenue « The Must Street », la rue des galeries, la rue du Mamco. Elle a une autre saveur, celle d’un autre mélange fait de cuisine et de recettes culturelles, plus clean, plus aseptisée ; elle n’a plus les mêmes vibrations, plus les mêmes émotions. Est-ce pourtant dire qu’il n’y a plus rien ?

Une interprétation, une réflexion sur le monde d’aujourd’hui assurément. Va-t-elle aller jusqu’à pénétrer dans le monde de l’art contemporain qu’est le Mamco ? Elle s’arrête et hoche la tête… Un homme, appuyé sur une canne, la suit… »

Le royaume des enfants « Luxiana », en référence à la devise genevoise « Post tenebras Lux » se situait à la rue des Anonymes, impasse aujourd’hui disparue et devenue la rue du Colonel Coutau. Pourquoi la fée ? Parce qu’Odile pendant toute sa vie suscite l’admiration de tous, malgré l’inimitié de certains.

Le récit commence en 1917, date de naissance de l’auteure, et se poursuit jusqu’en 1975, et quelques années plus tard en l’an 2000, autour du personnage d’Odile et des habitants de la rue des Vieux Grenadiers. On les suit, de leur petite enfance au royaume imaginaire de Luxiana, jusqu’à leur vieillesse pour certains.

Odile n’hésite pas à tout dire. Elle a 83 ans en l’an 2000, quand démarre le roman-récit. Elle se promène dans le quartier de son enfance et se souvient. Au deuxième chapitre, en 1975, l’exécution par Franco des Basques en Espagne déclenche le retour dans le passé, et là commence le récit chronologique de la vie d’Odile et de son entourage.

Les personnages évoluent dans les quartiers de Plainpalais, les Eaux-Vives, Saint-Gervais, le Bois de la Bâtie, mais aussi Sézenove, Neuchâtel-Peseux, les Cévennes, l’Irlande. C’est l’époque de la guerre d’Espagne, la deuxième guerre mondiale, le début de la guerre d’Irlande, la création de l’ONU, et à Genève la naissance des jardins familiaux, la floraison des grandes brasseries, l’ouverture des grands magasins, les joutes politiques, économiques, sociales, avec notamment Léon Nicole et Géo Oltramare. Tout cela affecte le « petit peuple », comme le nomme l’auteure de ces quartiers populeux.

Au décès d’Hélène Biolley en 2005, son fils Denis Gardon s’est trouvé devant 40 cahiers manuscrits en espérance d’éditeur. Après lecture et en attendant la mise en traitement de texte, il a eu l’idée d’en faire lecture sous forme de feuilleton dans des cafés genevois, en collaboration avec d’autres personnes ayant le goût du texte lu à haute voix, Danielle Schibler et Claude Claverie. L'auteure place la femme au centre du récit, avec ses audaces, ses désillusions, sa malice ; Odile se marie quatre fois, elle a sept enfants, deux amants, deux amantes.

Le ton pétillant du récit, le don de l’auteure pour les descriptions, les passages coquins, le talent de répartie de certains personnages hauts en couleur, leur truculence, et les idiomes genevois dont le roman est truffé, captivent les auditeurs.

" A Piogre, on ferre les mouches " : à Genève, on réalise l’impossible.

" Raves pour les raves": tant pis !

Egalement la présence de personnages importants de la République : André Chavannes, Ruth Dreyfuss, le chanteur Sarclo, liés à la vie et aux difficultés des Genevois pendant les années de guerre et de résistance. Le rappel des événements internationaux comme le Jeudi Noir de Wallstreet, la politique des régimes totalitaires, le passage à Genève de Sartre, Simone de Beauvoir, Camus, Malraux.

Ajoutons que cette auteure était aussi peintre et que l’une de ses œuvres symbolisant son propos s’intitule « La chatte sur un toit brûlant, de Tennessee Williams ». De quoi réaliser un beau travail d’éditeur. Les encres d’Hélène Biolley seront exposées du 13 janvier au 24 février 2011 à la librairie Filigrane, 67 rue de la Servette.

Les trois lieux de lecture, en 2011, sont en alternance :

- La librairie Filigrane, 67 rue le la Servette : Les 10, 24 février et 17 mars de 18 à 19h30.

- Le café Gallay, 42 Bd St Georges : Le 1er février, les 1er et 22 mars et le 12 avril de 18h30 à 20h

- La librairie MLC, 98 rue de Carouge : le 14 février, les 7 et 28 mars et le 4 avril de 18 à 19h30.

Pour tout renseignement : Mme Claude Claverie, 079 824 37 65.

 

Marie-Françoise Le Guern/Rédactrice

Copyright © d'Actu PME - Tous droits réservés



PARTAGER CET ARTICLE
Google! Live! Twitter! LinkedIn! Facebook!

 

Ajouter un Commentaire

Actu PME ne porte aucune responsabilité concernant le contenu des commentaires et se garde le droit de supprimer les messages.

Code de sécurité
Rafraîchir