Interview avec Gabriel Clerc, Responsable du transfert de technologies de l'EPFL & Coordinateur du Consortium Alliance
| L'invité |

Actu PME La suisse alémanique a elle seule compte 4 consortiums TST. Pouvez-vous dire comment est née l’idée d’un consortium Alliance en suisse romande ?
Gabriel Clerc Le lancement d'un programme au niveau national par la CTI avec le SECO nous était connu dès 2004. Lors des discussions initiales entre les professionnels du transfert de technologies des universités romandes, de la HES-SO et de l'EPFL, nous avons voulu rassembler toutes les hautes écoles autour d'une initiative pour encourager les projets de R&D et de transfert de technologies avec les PME innovantes de notre région.
L'innovation technologique implique souvent des collaborations avec les scientifiques et chercheurs. Il faut obtenir les meilleures compétences pour satisfaire des besoins pointus et spécifiques, les frontières cantonales sont trop étroites pour ceci et donc un programme au niveau romand était la seule option crédible.
Actu PME Selon l’European Innovation Scoreboard, la Suisse est championne d’Europe de l’innovation. En quoi le Consortium Alliance contribue-t-il à ce rayonnement ?
Gabriel Clerc Il n'est pas évident de faire un lien direct entre les classements et comparaisons entre pays et les actions du Consortium Alliance et les nombreux projets concrets qui en découlent. La contribution d'Alliance est de permettre concrètement aux PME d'accéder plus facilement aux compétences des hautes écoles et instituts de recherche et d'avoir des interlocuteurs compétents et professionnels pour initier des nouveaux projets d'innovation technologique.
Actu PME Pensez-vous que la propension à innover est plus importante pour les plus petites entreprises que pour les grandes ?
Gabriel Clerc Non, toutes les entreprises qui entendent rester dans la course au niveau international, et finalement survivre, doivent innover et toujours mettre à jour leurs compétences dans leurs domaines spécifiques. Les PME ont comme atout l'agilité par rapport aux très grandes entreprises, mais elles ont souvent des difficultés à innover radicalement par manque de disponibilité de ressources humaines dédiées avec les moyens financiers qui vont avec. C'est là que les hautes écoles peuvent contribuer en menant des projets tournés vers le futur qui correspondent aux intentions et besoins exprimés par l'entreprise et en apportant des compétences scientifiques et technologiques de haut niveau.
Actu PME Une plus grande présence des PME dans les pôles de compétitivité favoriserait-elle l’innovation ?
Gabriel Clerc Le plus important n'est pas la structure mais la possibilité pour les entreprises d'accéder assez facilement à des compétences très spécialisées à des conditions "win-win". Les pôles de compétitivité, s’ils sont bien organisés et efficaces, sont certainement des compléments très utiles à des programmes comme Alliance. Par exemple, Alliance travaille depuis longtemps avec BioAlps qui est d'ailleurs, à l'origine, aussi une initiative du bureau de transfert de technologies de l'EPFL en coopération avec ceux des universités de Genève et de Lausanne.
Actu PME La précédente étude du "Global Innovation 1000" avait révélé un ralentissement dans l'augmentation des budgets R&D des 1000 premières entreprises en matière de dépenses de R&D. Pensez-vous que ce ralentissement soit uniquement lié à la situation économique ou doit-on y voir également une recherche d'une plus grande efficacité?
Gabriel Clerc Je n'ai pas eu l'occasion de me pencher sur ces études à grande échelle. Si c'est une tendance à long terme qui se confirme, je trouve ceci très regrettable car sans investissements à moyen et long terme dans la R&D et l'innovation, il est difficile de se maintenir parmi les meilleurs sur les marchés.
Actu PME Etes-vous d’avis que c’est en période de conjoncture difficile qu'il est primordial d'encourager le potentiel d'innovation ?
Gabriel Clerc Pas uniquement, l'innovation doit être une priorité aussi en période de bonne conjoncture. Si on attend que ça aille mal pour y penser, le risque est grand que ça soit trop tard.
Actu PME Après 5 années d’existence, quel bilan dressez-vous aujourd’hui ?
Gabriel Clerc Le bilan est très positif. Les résultats quantitatifs et qualitatifs ainsi que les très bons feedbacks des entreprises ont montré que le programme Alliance a visé juste en restant focalisé sur ses priorités et en offrant des prestations de qualité par des personnes expérimentées, nos conseillers technologiques. Nous permettons aux PME d'accéder plus facilement à des compétences de pointe qui sont présentes dans nos instituts et hautes écoles. Notre action se situe parfaitement dans le développement de l'innovation technologique en partenariat public-privé (open innovation).
Interview réalisée par Thierry Dime
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