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PME, franc fort et rapprochement des régions - l’avis de Hans-Ulrich Bigler, Directeur de l’usam

Le dossier

A l’heure du franc fort, les PME helvétiques ne doivent-elles pas s’intéresser davantage aux autres régions linguistiques du pays, primo, pour trouver moyen de partager des ressources, de diminuer les coûts, pour trouver des coopérations supplémentaires dans les services et dans la production industrielle - et secondo, pour encore mieux s’organiser à l’échelle nationale dans le but de faire entendre leur voix quand il s’agit de définir les conditions-cadre de leurs activités?

Ne faut-il pas, pour faire face à une situation nettement plus exigeante, optimiser à la fois la performance et la présence sur les marchés - intérieurs et extérieurs, et l’impact sur la politique? Ne faut-il pas en finir, en effet, avec l’idée que l’autre grande région helvétique - alémanique ou romande, selon le point de vue - serait moins bien accessible encore qu’un marché étranger?

Voilà les questions que j’ai posées au directeur de l’usam, Hans-Ulrich Bigler. Sa réponse est nuancée, car s’il salue l’initiative d’encourager la coopération de PME à l’intérieur du pays, au-delà des frontières linguistiques, il dit comprendre parfaitement que des entreprises n’aient pas tellement cherché des opportunités dans la proximité helvétique.

"Il est fort possible que ce n’était simplement pas rentable, nos patrons sachant bien calculer et trouver leurs marchés".  Mais, selon lui, la situation monétaire actuelle pourrait bien constituer un motif fort pour s’intéresser aux autres régions du pays - puisque nous avons la même monnaie, la même juridiction, les mêmes conditions-cadre. "C’est justement au niveau des conditions-cadre que la coopération au-delà des frontières linguistiques est de plus en plus nécessaire", dit le directeur de l’usam.

Selon lui, il ne suffit pas que les décideurs politiques des différentes régions helvétiques se rencontrent sous la coupole du Palais fédéral. "Il faut pratiquer tout un chacun dans la vie quotidienne ce qu’on veut défendre sur la scène fédérale. On gagnerait beaucoup, par exemple, à dialoguer entre patrons, par-delà les frontières linguistiques, de la formation professionnelle duale, fondement, à mon avis, du succès de notre économie". Hans-Ulrich Bigler est conscient des tendances différentes, concernant ce dossier autrement important, en Suisse alémanique et romande. "Les Romands accusent une préférence pour la formation académique, tandis qu’en Suisse alémanique, l’apprentissage est considéré comme la meilleure formation du practicien, très recherché de nos jours". Ces différences régionales ne doivent surtout pas nous empêcher de chercher le dialogue avec l’autre, car "cela nous incite à devenir plus souples sans renier nos principes, ce qui apporte un enrichissement mutuel. En plus, le dialogue nous permet d’améliorer nos compétences linguistiques".

Quant à moi, initiateur, avec Claudia Moerker et Franziska Müller Tiberini, du Forum kmu pme, j’apprécie beaucoup cette insistance du directeur de l’usam sur la contribution de chaque entrepreneur aux conditions-cadre qui, en fin de compte, définissent les paramètres élémentaires de nos activités économiques - et autres. C’est d’ailleurs lors d’une "Synergy" - manifestation annuelle de la fondation pme suisse, proche de l’usam - que j’ai eu comme voisin de table, il y a deux ans, un président argovien d’une association professionnelle alémanique qui m’a dit toutes ses peines, mais aussi son application à dialoguer avec son homologue romand de Sion sur l’harmonisation de leur formation professionnelle à eux. Je pense qu’il serait faux de voir dans ces nouveaux liens transhelvétiques une menace du fédéralisme suisse. Il s’agit plutôt d’un des pas de plus qu’il faut faire pour conférer plus de contenu réel à la "nation de volonté". "L’usam, dit Hans-Ulrich Bigler, entend contribuer à renforcer la cohésion du pays".

Sur un autre argument, Bigler est nettement plus réservé que moi. Je pense en effet que la mise en réseau des PME via les clusters s’arrêtera de moins en moins aux frontières linguistiques. Les clusters forcent aujourd’hui déjà les promotions économiques des cantons à chercher des formes de coopérations intercantonales nouvelles, telle la conférence métropolitaine de la région de Zurich, qui englobe plusieurs cantons alémaniques. A mon avis, les patrons et cadres de nos PME ont tout intérêt à suivre cette évolution de près, afin de s’y positionner de manière optimale, pour le moyen terme. Il est peut-être exagéré de croire que la Suisse finira par devenir la place de production d’un grand cluster transhelvétique de l’industrie et des services. Mais on peut d’ores et déjà constater une réorganisation en profondeur du "Werkplatz, Denkplatz und Finanzplatz", secteurs-clés, complétés par le tourisme et l’industrie créative. Gagnera qui saura facilement communiquer par-delà les frontières linguistiques.

En ce qui concerne la cohésion du pays, elle a assez souffert, ces dernières vingt années. En fait, deux pôles forts se sont formés, l’un au bord du Léman, l’autre sur l’axe Zurich - Bâle. On a même pu constater, entre la Suisse alémanique et romande, une tendance centrifuge. Or aujourd’hui, que le franc fort atténue l’euphorie des dernières années et que les marchés deviennent nettement plus difficiles, il est temps pour les PME de se rendre compte du potentiel d’affaires qui gît dans les relations alémanico-romandes, sous-développées à mon avis - et, comme le souligne Hans-Ulrich Bigler - il est temps aussi de répondre présent à l’appel aux PME de s’organiser davantage encore politiquement à l’échelle nationale.

 

Dr. Peter Köppel, Consultant d’ACTU PME et Président du conseil d’administration de Köppel+Partner

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