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Serons-nous tous bientôt tributaires des agences de notation ?

Le dossier

Les Etats faisant partie de l’Union européenne ainsi que la BCE ne devraient plus se laisser intimider par les agences de notation. Ces dernières ont en effet rétrogradé la note financière de l’Islande, puis de l’Irlande, de la Grèce et du Portugal (peut-être demain de l’Italie ou de l’Espagne), trouant la confiance de ces Etats et de leurs voisins.

Peut-être étaient-ils ou sont-ils désormais en mauvaise posture ? Mais d’où peut survenir un tel déséquilibre ? Que souhaitent provoquer les agences de notation en disposant, de manière symbolique, le « bonnet d’âne » sur le front de ces nations ? Au lieu de s’agenouiller face à ce nouvel oracle inquisiteur, les Etats membres de l’UE devraient plutôt discuter entre partenaires et se concerter afin de définir au plus vite une politique claire, indépendante et souveraine.

Au lieu de ça, elle tergiverse quand il faut venir en aide à l’un de ses membres, et fait pâle figure entre l’ancienne puissance américaine en délicatesse et le nouveau mastodonte chinois. Suivre à la lettre les prescriptions d’économistes en herbe immergés au sein d’une Amérique qui peine pourtant à se remettre de ses fantômes ultra-libéraux, ce n’est pas faire preuve d’indépendance.

Ces « dégradations de note », essentiellement spéculatives car fondées sur le fruit de prospections ou d’estimations, auront certainement comme seule influence de fragiliser des Etats devenus exsangues : hausse du chômage, creusement des inégalités, coupes budgétaires et fermetures de services publics, victimes de la spéculation boursière et cures d’austérité inadéquates pour pérenniser la croissance. Ainsi la prédiction se réalise tout à fait comme espérée et les devins seront remerciés… De Bruxelles à Angela Merkel, on envisagerait néanmoins de plus en plus la création d’une agence de notation européenne pour contrer l’hégémonie américaine.

Un serpent qui se mord la queue

On annonce donc l’insolvabilité de la Grèce ou du Portugal… Que dire alors du Japon (pays de loin le plus endetté, à 192%) qui a perdu son triple A depuis dix ans et emprunte toujours aussi aisément sur les marchés, des Etats-Unis ou de la France, manifestement bons élèves mais croulant aussi sous le poids d’une dette considérable ?

Les agences de notation sont, comme nous le savons bien, des confréries typiquement américaines. Actuellement, il en existe trois principales dont le rôle s’est considérablement amplifié à l’amorce des années 80. En 2008, Standard & Poor’s a soutenu la banque Goldman Sachs, lui attribuant jusqu’à  désorsormais célèbre crise des subprimes la note AAA, la plus élevée. Lehman Brothers fut également crédité de la meilleure note possible... De dramatiques erreurs de jugement qui n’ont pas altéré la puissance des agences de notation, ni leur niveau de rentabilité exceptionnelle (on évoque des marges brutes à hauteur de 50%).

Standard & Poor’s vient à nouveau de faire parler d’elle en amoindrissant la note américaine. Une mesure spectaculaire qui a fait sortir l’Amérique de ses gonds… Mais s’agit-il seulement d’une mesure de compensation face à la défiance grandissante des Etats membres de l’UE, histoire de rétablir l’équité une bonne fois pour toutes ? Les agences de notation sont en effet accusées de désirer la « mort économique » du continent européen… A cela s’ajoute les soupçons liés aux rapports étroits qu’entretiendrait l’agence de notation avec le parti républicain américain. La décision de dégrader la note américaine deviendrait ainsi autant politique qu’économique.

Pendant ce temps, le sud n’a qu’à bien se tenir

Noter c’est attribuer un seuil de performance, mais c’est aussi sanctionner, punir... A l’école les cancres sont renvoyés impitoyablement au dernier rang de la classe. Ici les fautifs esquissent un large sourire et s’en remettent à la bonne volonté des contribuables. Si les nations occidentales vivent largement au-dessus de leurs moyens, cette mauvaise habitude a paradoxalement façonné la formidable vigueur qu’elles arborent depuis la seconde guerre mondiale.

Car en vérité, la dette fut pour les nations du nord le parfait corrélat de la richesse... tandis que les Etats africains, eux, étaient sommés de réduire la leur au plus vite, régimes secs qui se sont révélés désastreux, provoquant famine sur famine.

Par un ironique retour de bâton, c’est désormais le nord qui se révèle insolvable, mais au bout de combien d’années d’excès ? Il en fallait souvent beaucoup moins pour diligenter une mission du FMI en Afrique… Aujourd’hui, les Etats riches batifolent au sein d’un véritable capharnaüm de chiffres et de statistiques tandis que la corne de l’Afrique crève la gueule ouverte.

A notre tour de poser la question : quand le nord sera devenu insolvable, qui paiera pour lui ? Car déjà brésiliens et chinois se pressent pour railler les insuffisances de leurs prestigieux voisins…

Les Grecs, comme avant eux les Islandais ou les Irlandais font désormais office de mauvais élèves alors qu’ils n’ont en vérité que subi, contraints et désarmés, l’incurie de leurs classes dirigeantes et les agissements des spéculateurs. Les mouvements d’« Indignés » qui fleurissent dans les préaux des Universités anglaises, espagnoles ou grecques surgissent telles les prémices d’un renouveau politique et intellectuel que tout le monde appelle de ses vœux…

Le règne du tout économique n’a que trop duré.

 

Faustin Rollinat – Rédacteur d’ACTU PME

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