L’alcool au travail : pourquoi est-ce un sujet tabou ?
| Le dossier |
S’il est encore un sujet tabou dans le monde professionnel, c’est bien celui de l’alcool au travail. Bien qu’en Suisse nous n’ayons pas de législation proprement dite dans ce domaine, les employés sujets à des problèmes liés à l’alcool feraient « perdre » un milliard de nos francs, par année, à l’économie nationale.
Ce chiffre englobe les pertes liées aux accidents de travail, au rendement d’un employé sous l’emprise d’alcool ainsi qu’à l’absentéisme dû au phénomène. Les secteurs les plus touchés sont l’hôtellerie et la restauration ainsi que les métiers du bâtiment.
En effet, l’alcool est légal et sa consommation quotidienne ne choque pas vraiment. Il faut savoir que l’alcool représente beaucoup en Suisse, d’une part en termes de tradition, mais aussi en termes d’économie. Le vin est la boisson la plus courante et notre production s’élève à plus d’un million d’hectolitres par année.
Dire à quelqu’un qu’il boit trop, c’est un peu remettre en question les valeurs nationales en même temps que l’on attaque sa personnalité et surtout la sphère privée. Car, oui, tout le monde ou presque, boit et ce surtout en dehors du travail.
Selon les récentes campagnes fédérales sur la problématique de l’alcoolisme en entreprise, il ne faut pas dire à quelqu’un qu’il boit trop, ni que son haleine sens l’alcool, que ses yeux sont rouges ou encore qu’il tremble. Au contraire, il faut lui faire prendre conscience qu’il a ralenti son rythme de travail, qu’il est plus souvent absent ou qu’il a eu un récent changement de comportement. Attention tout de même, ces conséquences peuvent concerner d’autres problèmes que l’alcoolisme, mais la responsabilité sociale de toute personne voudrait que l’on en parle, afin d’essayer d’aider une personne dans l’embarras.
En résumé, il faut faire prendre conscience à l’individu qu’il y a un problème, sans lui en donner la cause même si elle est connue ou pressentie.
Mais alors, doit-on interdire tout alcool lors du temps de travail ? Ceci ne relève que de l’employeur. En somme, c’est selon le règlement intérieur que tout va se régler. Sans article mentionnant la prise d’alcool, on va considérer qu’elle est tolérée tant qu’elle n’empiète pas sur le bon déroulement du travail.
La responsabilité de l’entreprise et des supérieurs hiérarchique entre en jeu lorsqu’un accident survient sur le lieu de travail et qu’il inclut de l’alcool. Dans ce cas, tant le patron que ses subordonnés peuvent être mis en cause s’ils n’ont pas tout fait pour empêcher l’accident Notons tout de même que la proportion d’accidents du travail lié à l’alcool atteindrait un taux de 15- 25 %. C’est donc loin d’être un problème isolé.
En moyenne, on compte qu’il y a entre 1% et 15% d’employés sujets à des problèmes d’alcool dans le monde du travail suivant la taille de l’entreprise. Mais qu’est-ce qui fait que les gens se mettent à boire ? Foncièrement, la réponse à cette question demeure un mystère. Le stress engendré au travail aurait un impact significatif, mais rien n’est réellement prouvé.
Un employé alcoolique refusera bien souvent d’avouer ses torts, car lui, il ne se sent pas atteint d’un problème. Mais, n’oublions pas que l’alcoolisme n’est pas un motif de licenciement, alors que la perte de productivité, elle, l’est.
Depuis plus d’une dizaine d’année, on a vu, tout de même, une certaine évolution dans le monde professionnel. Pour les apéritifs d’entreprise, notamment, qui ne sont plus composés uniquement de boissons alcoolisées. De plus, diverses campagnes fédérales ainsi que la loi sur la circulation routière ont engendrés une prise de conscience générale.
Une consommation modeste, sans impact réel sur la vie en général ne devrait pas dépasser deux verres standards par jour ou selon les occasions et les individus. Le problème de fond que révèle l’alcool au travail, c’est que l’on manque de moyen concret pour y faire face correctement dans une entreprise. Un licenciement ne résout pas un problème d’alcool. Il résout le problème de productivité, mais risque d’abattre encore plus l’individu. C’est pourquoi il est important de faire attention aux signaux qu’envoie le corps et l’attitude de la personne afin de pouvoir essayer de l’aider le mieux possible.
La plupart des inscriptions aux alcooliques anonymes ne se fait pas par la personne elle-même, mais souvent pas des proches, des amis, des collègues. L’alcoolisme est un problème de société qu’il ne faut pas prendre à la légère. L’augmentation du rythme de vie ainsi que le stress ne fait qu’accroître le phénomène.
Romain Wanner/Rédacteur d’ACTU PME
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