LE GRAND PARI DU MICROCREDIT EN SUISSE ET AILLEURS
| La chronique |
« Entre les deux versants, le social et l’économique, la crête est très étroite. C’est pourtant là que nous nous situons. » - ces mots de Maria Nowak, fondatrice de l’Association pour le droit à l’initiative économique, décrivent l’essentiel du grand pari des micro- entreprises et de leur épanouissement par le biais du microcrédit.
Et pourtant force est de constater que nos sociétés libérales ont de plus en plus tendance à marginaliser l’initiative individuelle, celle surtout qui vient « d’en bas », et de privilégier encore davantage les structures économiques déjà bien établies, censées être les véritables garantes de la croissance.
Ces structures constituent comme un grand mastodonte de plus en plus monopolisateur de l’action économique et qui, avec le temps, « s’est suscité », du côté du social, une réplique fidèle, un autre mastodonte, social- caritatif cette fois, et qui se charge, lui, de prendre sous sa protection tous ceux que le système économique en question, pour une raison ou pour une autre, croit devoir rejeter.
Ainsi, une nouvelle mentalité socio- économique s’est progressivement imposée qui fait que l’on trouve de plus en plus normal de voir l’aide sociale monopoliser la solution des problèmes liés au chômage, ne laissant aucune chance, ou si peu, à l’éventualité d’une reconversion active, encore moins d’une initiative économique émergente.
Ce modèle n’est malheureusement pas uniquement celui des élites ; son esprit a largement présidé au référendum du 26 septembre 2010 où le peuple- certes, plutôt celui de la Suisse alémanique et pas tellement de la Suisse romande – en créditant la révision de la loi sur le chômage, s’est prononcé en faveur de la réduction des prestations pour les chômeurs et pour un passage plus rapide de ceux-ci sous la tutelle de l’aide sociale.
Et comme les chômeurs en question viennent justement d’arriver en fin de droit, provoquant ainsi un certain émoi médiatique, on n’a pu qu’admirer, sur le plan discursif politico- analytique, la consécration solennelle de ce schéma bipolaire.
Certes, on n’exclut pas totalement la réinsertion professionnelle mais on en parle avec une extrême réserve et surtout dans le sens d’un heureux retour à l’autre pôle, celui du salariat traditionnel !
Dans ce discours plaintif, qui sanctionne si bien le système dualiste tout en érigeant le salariat en idéal social absolu pour la grande majorité des gens, nulle place pour l’alternative qu’une initiative entrepreneuriale privée peut opposer au chômage ; dans ces analyses psychologiques du drame (et c’en est un certainement, nous ne voulons pas le nier) que constitue le passage du système d’indemnités de chômage aux prestations d’aide sociale, nulle évocation de la possibilité pour les personnes concernées de s’intéresser aux bénéfices d’un microcrédit afin de se lancer dans une activité librement choisie.
On a en effet si peu entendu parler du Microcrédit Solidaire Suisse (MS). Et pourtant il existe et, depuis 1998, année dans laquelle, sous l’impulsion de l’exemple donné par Prof. Muhammad Yunus, l’initiateur du système de microcrédit à grande échelle, l’industriel suisse Georges Aegler a fondé l’ASECE (dont notamment le MS devait devenir l’héritier fidèle), il ne cesse pas de soutenir activement, par le biais du microcrédit, l’initiative individuelle, le développement local et l’action de proximité.
A part un prêt à taux bien inférieur à celui pratiqué par les banques et grâce à un important réseau de bénévoles parmi lesquels des banquiers et des comptables, c’est aussi un accompagnement et un conseil efficaces que le MS apporte à ses clients. Tout cela fait que la personne bénéficiaire puisse, dans le cadre de sa nouvelle entreprise, générer en quatre mois son propre salaire et payer ses impôts.
Avec 50% des candidatures au MS émanant de chômeurs et avec un nombre important d’entreprises créées grâce à son soutien, le microcrédit peut représenter une sérieuse alternative au modèle sociétal bipolaire et « puriste », celui qui transmet automatiquement à l’assistance sociale les rejetés du système économique classique et qui, comme l’avait souligné M. Yunus dans son discours de réception du Prix Nobel (2006), se construit sur « des hypothèses qui sous- estiment les capacités humaines. »
L’expérience accumulée par le Microcrédit Solidaire Suisse n’a fait que confirmer l’inépuisable richesse de ces capacités humaines ainsi que l’étonnante vitalité de l’initiative individuelle. Yvette Jaggi le résume ainsi : « Avec nous, ça passe ou sa casse. Si ça passe, cela nous dépasse. »
Dessy Damianova/Rédactrice d’ACTU PME
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