L'Afrique réserve un bel avenir aux petites et moyennes entreprises suisses
| La chronique |

Là ou les multinationales (Nestlé, Glencore) n'osent pas pointer le bout de leur nez, les PME au contraire y voient une raison d'échanger et de créer de nouveaux partenariats. C’est ainsi que s’est récemment tenu à Genève, le Swiss-African Business Exchange
Combien d'entreprises suisses ?
On estime à plusieurs centaines le nombre d'entreprises suisses implantées sur sol africain. Le grand continent intéresse peu les investisseurs, effrayés par l'instabilité politique et la corruption. En comparaison des investissements suisses en Asie (470 milliards de francs), on peut qualifier les investissements en Afrique (2 milliards de francs) de véritable peau de chagrin.
Quelques signes indiquent pourtant un mieux. Les réformes conduites dans plusieurs nations africaines encouragent la création d'entreprise et le secteur privé peut s'y développer plus facilement qu'avant. Le commerce transfrontalier est également en progrès. C'est le cas du Rwanda, du Burkina Faso, du Botswana, du Ghana, du Mali ou du Liberia. Le Rwanda est devenu un carrefour technologique, et quant au Burkina Faso il attire les investisseurs et fait des progrès dans le secteur tertiaire (les bureaux d'étude sont performants, notamment dans les secteurs de l'ingénierie et du commerce).
La SECO y finance aussi une filière de coton bio. Le guichet unique crée au Mali en 2009 avait permis de favoriser la création de milliers d'entreprises, mais les menaces terroristes font désormais reculer les investisseurs. En Sierra Leone, la PME Addax & Oryx compte développer cette année un projet de production d'électricité et d'éthanol à partir de l'extraction de la canne à sucre.
Le sommet du BRICS a encore démontré le dynamisme des économies émergentes. L'Afrique du Sud, en y participant, démontre qu'elle constitue un phare économique pour le reste du continent. Les petites et moyennes entreprises suisses y sont particulièrement bien implantées, notamment depuis la ratification sud-africaine qui permet de libéraliser les échanges de produits industriels entre l'Union européenne et les pays d'Afrique australe. La Suisse a désormais son « business hub » (comprenez plate-forme commerciale) à Pretoria, et plus de 200 PME sur place dans le pays le plus compétitif d'Afrique.
A l'exception de l'Afrique du Sud, les entreprises suisses se montrent encore frileuses mais le dialogue est amorcé par l'intermédiaire du Swiss-African Business Circle depuis trois ou quatre ans.
Où en est l'Afrique ?
Le potentiel du continent est énorme, les ressources innombrables, mais il manque une claire volonté politique dans la plupart des pays africains. Une meilleure répartition des richesses parviendrait certainement à secouer l'économie et à booster le secteur privé. Les africains se sentiraient ainsi encouragés, mais les difficultés structurelles et la corruption retardent l'éclosion du continent.
Si les investissements étrangers apportent des techniques ainsi que du capital aux pays qui en manquent, les soubresauts de la macro-économie ont porté un coup sérieux aux efforts que le continent avait fourni avant la crise de 2009. L'effondrement du prix des matières premières a affaibli des économies africaines encore trop dépendantes du secteur. Les multinationales occidentales qui pillent le continent en ne rétribuant que les élites africaines, émettent aussi des signes néfastes qu'il serait urgent d'accorder ou de moraliser. Pas vraiment à l'ordre du jour pour le moment. Les chefs africains pensent souvent à tort que les matières premières sont leurs seules ressources.
Les ressources du continent ne se concentrent pourtant pas dans l'unique secteur minier. Le secteur de l'énergie peut également se révéler prodigue : le continent produit 15% de l'énergie mondiale et en consomme à peine 3%. De grands projets concernant les énergies renouvelables verront le jour dans quelques années, en complément de l'énergie thermique. Les produits alimentaires, comme le café en Ethiopie (50000 emplois créés en quelques années dans ce secteur), le secteur du bâtiment au Mali, les Télécommunications ou le textile prennent le relais et donnent du souffle à la croissance africaine. Mais le manque d'infrastructures génère un retard dans le secteur industriel.
L'initiative privée et la création de richesse sont des objectifs partagés par toutes les nations africaines. Objectifs réalisables à condition que l'eau et l'électricité, « denrées élémentaires » aujourd'hui dans la plupart des pays, offrent un service de meilleure qualité, et que toute velléité de dynamisme ne repose pas entièrement dans les mains de chefs d'Etat souvent peu scrupuleux. Les modes de gouvernance sont une nouvelle fois à mettre en cause. Un bâtiment ne tient pas sans des fondations solides. C'est un peu le problème de l'Afrique aujourd'hui.
Faustin Rollinat/Rédacteur d’Actu PME
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