Le milieu économique devrait-il continuer à financer les partis? Par Nicolas Buntschu
| La chronique |

Les élections c'est comme Noël dans les grandes surfaces, on s'y prépare chaque fois un peu plus tôt. Certains sortent encore péniblement d'une longue hibernation, mais les propositions et prises de position en tout genre commencent déjà à pleuvoir. Dans quelques semaines, on sera reparti pour une campagne plus belle, plus grande et naturellement plus chère que la dernière.
On reparle aussi, comme à chaque fois, du financement des partis et surtout du rapport entre politique et économie. Il faut bien avouer que la situation suisse, unique en Europe occidentale, prête à discuter.
Chez tous nos voisins, le financement des partis politiques se fait de manière règlementée, encadrée et transparente. Le Parlement helvétique ne veut pas en entendre parler. Malgré plusieurs tentatives de la gauche, le financement reste une affaire purement privée. Et cette situation est en train de pourrir la politique suisse. Les effets directs du déséquilibre des moyens de campagne sont difficilement quantifiables, et ce ne sont en réalité pas les plus problématiques.
Il est certes toujours cocasse de constater que ceux qui dépensent le plus soutiennent que l'argent n'a aucune influence sur les résultats des campagnes – un peu comme si Richard Virenque affirmait que l'EPO n'avait aucune emprise sur les performances physiques – mais des différences au niveau des moyens engagés sont pratiquement inévitables et la récolte de fonds fait aussi partie du travail politique.
Le mode de financement opaque de nos partis politiques devient déjà nettement plus problématique dans les débats parlementaires. Plusieurs généreux donateurs – banques, assurances et industrie pharmaceutique – conditionnent le montant de leur contribution à des votes précis au Parlement.
Certains élus n'ont assurément pas besoin de cela pour se faire les avocats zélés de milieux précis, mais le problème démocratique est important. Cette façon de rémunérer les partis fige totalement les positions au Parlement, réduisant considérablement la marge de manœuvre des députés de droite. Et ne parlons même pas du problème éthique que cela implique.
Mais le système actuel permet surtout de tracer une voie royale pour l'UDC. Il lui permet de profiter des avantages du financement par les milieux économiques sans en subir les inconvénients. Le succès de l'Union démocratique du centre actuelle repose sur un principe très simple : (sur)jouer la différence avec les autres partis. « Il y a deux partis en Suisse, dit Toni Brunner, l'UDC et les autres ».
Il y a les politiciens traditionnels, dans les affaires jusqu'au cou, qui n'écoutent pas le peuple et il y a les politiciens UDC, proches des gens, travaillant pour le bien commun. La réalité, c'est que le parti agrarien est de loin celui qui touche le plus d'argent des milieux économiques.
Mais alors que démocrates-chrétiens et radicaux sont catalogués comme proches de ces milieux, la troupe à Christoph Blocher parvient, de façon presque miraculeuse, à éviter ce rapprochement. Bien que les explications avancées par son président ne tiennent pas la route un quart de seconde (une foule de petits donateurs parvenant à réunir des dizaines de millions), elles semblent satisfaire tout le monde.
Le PLR et le PDC pourraient, en faisant pencher la balance pour la transparence du financement des partis, porter un coup violent aux démocrates du centre. Le modèle politique à la Blocher serait sérieusement mis à mal. Mais les partis du centre-droit, qui devraient évidemment aussi revoir leur mode de financement, semblent très loin de faire ce pas en avant, malgré les appels du pied socialistes. Dommage pour la Suisse.
Nicolas Buntschu, Vice-président de la Jeunesse socialiste suisse
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